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Histoire de l'humanité

Le couronnement de Charlemagne en 800 : contexte et raisons

Charlemagne atteint l’apogée de sa puissance en 800 lorsqu’il est couronné empereur des Romains par le pape Léon III le jour de Noël dans la vieille basilique Saint-Pierre.

Le couronnement de Charlemagne

En 799, après avoir été maltraité par des Romains qui ont tenté de lui arracher les yeux et la langue, le pape Léon III s’échappe et se réfugie auprès de Charlemagne à Paderborn. Charlemagne, conseillé par le savant Alcuin d’York, se rend à Rome en novembre 800 et tient un concile le 1er décembre. Le 23 décembre, Léon prête le serment d’innocence. À la messe, le jour de Noël (25 décembre), alors que Charlemagne s’agenouillait devant l’autel pour prier, le pape le couronna Imperator Romanorum (Empereur des Romains) dans la basilique Saint-Pierre. Ce faisant, le pape a effectivement annulé la légitimité de l’impératrice Irène de Constantinople.

Lorsqu’Odoacre a déposé Romulus Augustulus, le forçant à abdiquer, il n’a pas aboli l’Empire d’Occident en tant que puissance distincte, mais il a fait en sorte qu’il soit réuni à l’Empire d’Orient.
Le pape Léon III et Charlemagne, comme leurs prédécesseurs, considéraient que l’Empire romain était un et indivisible, et proposaient, par le couronnement de Charlemagne, de ne pas proclamer la séparation de l’Orient et de l’Occident.

Le couronnement de Charlemagne en tant qu’empereur, bien que censé représenter la continuation de la lignée ininterrompue d’empereurs d’Auguste à Constantin VI, a eu pour effet de créer deux empires distincts (et souvent opposés) et deux revendications distinctes de l’autorité impériale. Pendant les siècles qui suivirent, les empereurs d’Occident et d’Orient se disputèrent la souveraineté de l’ensemble.

Pour soutenir le couronnement de Charlemagne, certains ont fait valoir que le poste impérial était en fait vacant, jugeant une femme (Irène) inapte à devenir empereur. Cependant, Charlemagne ne revendiquait pas l’Empire byzantin. La question de savoir s’il souhaitait réellement un couronnement reste controversée, son biographe Éginhard a raconté que Charlemagne avait été surpris par le Pape. Quoi qu’il en soit, Byzance sent son rôle d’unique héritier de l’Empire romain menacé et commence à mettre en avant sa supériorité et son identité romaine. Les relations entre les deux empires restent difficiles. Irène aurait cherché à conclure une alliance matrimoniale entre elle et Charlemagne, mais selon Théophane le Confesseur, qui est le seul à le mentionner, le projet aurait été contrecarré par Aetios, l’un de ses conseillers favoris.

Motivation du couronnement de Charlemagne

Pour le Pape comme pour Charlemagne, l’Empire romain restait une puissance importante dans la politique européenne à cette époque, et continuait à détenir une partie substantielle de l’Italie, avec des frontières non loin du sud de la ville de Rome elle-même. C’est cet empire que l’historiographie a appelé l’Empire byzantin, car sa capitale était Constantinople (l’ancienne Byzance) et son peuple et ses dirigeants étaient grecs ; c’était un État profondément hellénique. En effet, Charlemagne usurpait les prérogatives de l’empereur romain à Constantinople, tout simplement en jugeant le pape en premier lieu.

Par qui, cependant, le Pape pourrait-il être jugé ? En temps normal, la seule réponse concevable à cette question aurait été l’empereur de Constantinople, mais le trône impérial était à ce moment-là occupé par Irène. Que l’impératrice soit connue pour avoir rendu aveugle et assassiné son propre fils était, dans l’esprit de Léon et de Charlemagne, presque sans importance : il suffisait qu’elle soit une femme. A l’époque, il était conçu qu’une femme est incapable de gouverner et, selon la vieille tradition salique, elle en était exclue. En ce qui concerne l’Europe occidentale, le trône des empereurs est vacant.

Pour le Pape, il n’y avait donc aucun empereur vivant à cette époque. En outre, la papauté était depuis 727 en conflit avec les prédécesseurs d’Irène à Constantinople sur un certain nombre de questions, principalement l’adhésion continue des Byzantins à la doctrine de l’iconoclasme, la destruction des images chrétiennes. À partir de 750, le pouvoir séculier de l’Empire byzantin en Italie centrale avait été annulé.

En conférant la couronne impériale à Charlemagne, le Pape s’est arrogé le droit de nommer l’empereur des Romains, faisant de la couronne impériale son cadeau personnel, mais s’accordant simultanément une supériorité implicite sur l’empereur qu’il avait créé. Et parce que les Byzantins s’étaient révélés si insatisfaisants à tous les points de vue, politique, militaire et doctrinal, il choisira un Occidental.

Nous ne pouvons pas savoir dans quelle mesure Charlemagne ou le Pape pensaient que le peuple de Constantinople accepterait un jour le roi des Francs comme empereur. Alcuin parle avec espoir dans ses lettres d’un Imperium Christianum (Empire chrétien), dans lequel :

tout comme les habitants de [l’Empire romain] avaient été unis par une citoyenneté romaine commune.

 

Ce nouvel empire serait probablement uni par une foi chrétienne commune.

Empereur romain

Quoi qu’il en soit, Charlemagne s’est servi de ces circonstances pour affirmer qu’il était le rénovateur de l’Empire romain, perçu comme s’étant dégradé sous les Byzantins. Le titre d’empereur est resté dans la famille carolingienne pendant des années, mais les divisions territoriales et les querelles intestines pour la suprématie de l’État franc ont affaibli son pouvoir et sa capacité à diriger. La papauté elle-même n’a jamais oublié le titre ni abandonné le droit de le conférer. Lorsque la famille de Charlemagne cessa de produire des héritiers dignes de ce nom, le Pape couronna volontiers le souverain italien le plus à même de le protéger de ses ennemis locaux. Cette dévolution a conduit à la mise en sommeil du titre de 924 à 962. Le titre renaît lorsque Otton Ier est couronné empereur en 962, se présentant comme le successeur de Charlemagne. L’empire conservera une existence continue pendant près d’un millénaire, sous le nom de Saint Empire romain germanique, véritable successeur impérial de Charlemagne.

Principaux enseignements

Points clefs

  • En 800, le pape Léon III a couronné Charlemagne empereur des Romains, étendant ainsi le pouvoir et l’autorité de Charlemagne.
  • Néanmoins, Charlemagne s’est servi de ces circonstances pour affirmer qu’il était le rénovateur de l’Empire romain, qui resterait en existence continue pendant près d’un millénaire, sous le nom de Saint Empire romain germanique.
  • Bien que l’un des objectifs était ostensiblement de réunifier l’ensemble de l’Empire romain, étant donné que beaucoup à l’époque (y compris le Pape) ne reconnaissaient pas l’impératrice Irène de l’Empire byzantin comme un souverain légitime, les deux empires sont restés indépendants et ont continué à se battre pour leur souveraineté tout au long du Moyen Âge.
  • La motivation du Pape pour couronner Charlemagne était de donner à la papauté et à l’église une autorité implicite sur l’empire, puisque par cet acte, Léon a créé un précédent pour le couronnement des empereurs, ce que les papes suivants feront tout au long du règne du Saint Empire romain germanique.

Termes clefs

  • Impératrice Irène : Impératrice byzantine qui a régné de 797 à 802, à l’époque du couronnement de Charlemagne.
  • Empire byzantin : aussi appelé Empire romain d’Orient, il s’agissait de la continuation de l’Empire romain en Orient pendant l’Antiquité tardive et le Moyen Âge, lorsque sa capitale était Constantinople.
  • Saint Empire romain germanique : Complexe multiethnique de territoires en Europe centrale qui s’est développé au cours du Haut Moyen Âge et s’est poursuivi jusqu’à sa dissolution en 1806 ; fondé par le couronnement de Charlemagne par le pape Léon III.

Par Sam Zylberberg

Historien, professeur, passionné par les sciences humaines, la recherche, la pédagogie, les échanges culturels et les ailleurs.

Créateur de JeRetiens, JeComprends, et Historiquement point com.