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Histoire de l'humanité

Les frères Gracques et la Conjuration de Catilina

Le Ier siècle avant Jésus-Christ voit les tensions entre patriciens et plébéiens éclater en violence, alors que la République devient de plus en plus divisée et instable.

Les Crises de la République romaine font référence à une longue période d’instabilité politique et de troubles sociaux qui ont culminé avec la disparition de la République romaine et l’avènement de l’Empire romain à partir de 134 avant J.-C. environ. Les dates exactes de cette période de crise ne sont pas claires ou sont contestées d’un érudit à l’autre. Bien que les causes et les attributs des crises individuelles aient varié au cours des décennies, un thème sous-jacent de conflit entre l’aristocratie et les citoyens ordinaires a motivé la majorité des actions.

Les optimistes étaient une majorité traditionaliste de la fin de la République romaine. Ils souhaitaient limiter le pouvoir des assemblées populaires et de la Tribune des plébéiens, et étendre le pouvoir du Sénat, qui était considéré comme plus dévoué aux intérêts des aristocrates. En particulier, ils s’inquiétaient de la montée en puissance des généraux individuels qui, soutenus par le tribunal, les assemblées et leurs propres soldats, pouvaient transférer le pouvoir du Sénat et de l’aristocratie. De nombreux membres de cette faction étaient ainsi classés parce qu’ils utilisaient le soutien de l’aristocratie et du Sénat pour réaliser des
pas nécessairement parce qu’ils ont favorisé l’aristocratie par rapport aux classes inférieures. De même, les populistes n’ont pas nécessairement favorisé les classes inférieures, mais ont souvent utilisé leur soutien pour atteindre des objectifs personnels.

Après une période de grands succès militaires et d’échecs économiques au début de la période républicaine, de nombreux appels plébéiens à la réforme au sein des classes avaient été étouffés. Cependant, de nombreux nouveaux esclaves ont été importés de l’étranger, provoquant une crise du chômage parmi les classes inférieures. Un flot de citoyens sans emploi entra à Rome, donnant naissance à des idées populistes dans toute la ville.

Les frères Gracques

Tibère Gracchus est entré en fonction comme tribun de la plèbe à la fin de l’année 134 avant Jésus-Christ. À l’époque, la société romaine était un système de classes très stratifié avec des tensions qui bouillonnaient sous la surface. Ce système était composé de familles nobles de rang sénatorial (patriciens), de la classe chevaleresque ou équestre, de citoyens (regroupés en deux ou trois classes d’alliés autonomes de Rome : les propriétaires fonciers ; et les plébéiens, ou locataires libres, selon la période), de non-citoyens qui vivaient en dehors du sud-ouest de l’Italie, et au fond, d’esclaves. Le gouvernement possédait de grandes étendues de terres agricoles qu’il avait gagnées par invasion ou par déshérence. Ces terres étaient louées soit à de grands propriétaires fonciers dont les esclaves cultivaient la terre, soit à de petits métayers qui occupaient la propriété sur la base d’une sous-location. À partir de 133 avant J.-C., Tibère a tenté de réparer les torts des petits métayers déplacés. Il contourne le Sénat romain et adopte une loi limitant la quantité de terres appartenant à l’État que tout individu peut cultiver, ce qui entraîne la dissolution des grandes plantations entretenues par les riches propriétaires terriens sur les terres publiques.

Un va-et-vient politique s’ensuivit au Sénat, l’autre tribune, Octave, bloquant les initiatives de Tibère, et le Sénat refusant les fonds nécessaires à la réforme agraire. Lorsque Tibère a demandé à être réélu pour un mandat d’un an (une action sans précédent), les nobles oligarchiques ont répondu en assassinant Tibère, et des émeutes de masse ont éclaté dans la ville en réaction à cet assassinat. Environ neuf ans plus tard, le frère cadet de Tibère Gracchus, Gaius, a adopté des réformes plus radicales en faveur des plébéiens les plus pauvres. Une fois de plus, la situation se termina par des violences et des meurtres, Gaius fuyant Rome et étant soit assassiné par des oligarques, soit suicidé. La mort des frères Gracques marque le début d’une tendance de la fin de la République où les tensions et les conflits éclatent dans la violence.

Gaius Gracchus ou Gracques, un des frères Gracques
Gaius Gracchus s’adressant au peuple : Interprétation de Silvestre David Mirys du tribun Gaius Gracchus s’adressant au peuple de Rome.

Marius et Sulla

Le prochain grand réformateur de l’époque est Gaius Marius, qui, comme les Gracques, est un populiste qui défend les classes inférieures. C’est un général qui abolit l’obligation de posséder des biens pour devenir soldat, ce qui permet aux pauvres de s’enrôler en grand nombre. Lucius Cornelius Sulla a été nommé questeur de Marius (superviseur des affaires financières de l’État) en 107 avant J.-C., et a ensuite rivalisé avec Marius pour le pouvoir suprême. Au cours des décennies suivantes, Marius et lui se sont engagés dans une série de conflits qui ont abouti à la prise du pouvoir par Sulla et à sa marche vers l’Asie mineure contre les décrets du Sénat. Marius a lancé un coup d’État en l’absence de Sulla, mettant à mort certains de ses ennemis et instaurant un régime populiste, mais il est mort peu après.

Buste de Sulla
Buste de Sulla : Le buste de Lucius Cornelius Sulla, un optime qui a marché contre Rome et s’est installé comme dictateur en 82-81 avant J.-C.

Pompée, Crassus et la conjuration de Catilina

En 77 avant J.-C., deux des anciens lieutenants de Sulla, Gnaeus Pompeius Magnus (« Pompée le Grand ») et Marcus Licinius Crassus, avaient quitté Rome pour réprimer des soulèvements et fonder le parti populiste, attaquant la constitution de Sulla à leur retour. Dans une tentative de conclure un accord avec le parti populiste, les deux lieutenants ont promis de démanteler les éléments de la constitution de Sulla que les populistes trouvaient désagréables, en échange de leur élection au poste de consul. Les deux hommes ont été élus en 70 avant Jésus-Christ et ont tenu parole. Quatre ans plus tard, en 66 avant J.-C., un mouvement visant à utiliser des moyens pacifiques pour remédier aux difficultés des différentes classes s’est formé. Cependant, après plusieurs échecs dans la réalisation de ses objectifs, le mouvement, dirigé par Lucius Sergius Catilina et basé à Faesulae, un foyer d’agitation agraire, a décidé de marcher vers Rome et de déclencher un soulèvement. Marcus Tullius Cicero, le consul de l’époque, intercepte des messages concernant le recrutement et les plans, ce qui amène le Sénat à autoriser l’assassinat de nombreux conspirateurs de la conjuration de Catilina à Rome, une action qui est considérée comme relevant d’une autorité douteuse. Cela a effectivement perturbé la conspiration et discrédité le parti populiste, réparant à son tour l’image du Sénat, qui en était venu à être considéré comme faible et indigne d’une attaque aussi violente.

Premier Triumvirat

En 62 avant J.-C., Pompée revient de sa campagne en Asie et découvre que le Sénat, ravi de ses succès contre la conjuration de Catilina, ne veut ratifier aucun des accords de Pompée, le laissant impuissant. Un an plus tard, Jules César revient de son poste de gouverneur en Espagne et, avec Crassus, il conclut un accord privé avec Pompée, connu sous le nom de Premier Triumvirat. Selon les termes de cet accord, les arrangements de Pompée seraient ratifiés et César serait élu consul en 59 avant Jésus-Christ, puis gouverneur de la Gaule pendant cinq ans. Crassus se verra plus tard promettre le poste de consul.

Lorsque César devint consul, il vit les accords de Pompée passer au Sénat, parfois par des moyens violents. César a également facilité l’élection du patricien Publius Clodius Pulcher au tribunal en 58 avant J.-C., et Clodius a mis sur la touche les opposants sénatoriaux de César, Caton et Cicéron. Clodius finit par former des bandes armées qui terrorisent Rome et commencent à attaquer les partisans de Pompée, qui forment des contre-bandes en réaction, marquant ainsi la fin de l’alliance politique entre Pompée et César. Bien que le triumvirat ait été brièvement renouvelé face à l’opposition politique pour le poste de consul de Domitius Ahenobarbus, la mort de Crassus au cours d’une expédition contre le royaume de Parthie et celle de la femme de Pompée, Julia, qui était également la fille de César, ont rompu tous les liens restants entre Pompée et César.

À partir de l’été 54 avant J.-C., une vague de corruption et de violence politique a balayé Rome, atteignant son point culminant en janvier 52 avant J.-C., lorsque Clodius a été assassiné dans une guerre des gangs. César a présenté un ultimatum au Sénat le 1er janvier 49 avant J.-C., qui a finalement été rejeté. Par la suite, une résolution a été adoptée qui déclarait que si César ne déposait pas les armes avant juillet, il serait considéré comme un ennemi de la République. Les sénateurs adoptèrent Pompée comme leur champion, et le 7 janvier, le Sénat accorda à Pompée des pouvoirs dictatoriaux sur la République. L’armée de Pompée, cependant, était composée principalement de conscrits non testés, et le 10 janvier, César franchit le Rubicon avec ses forces plus expérimentées au mépris des lois romaines, et marcha vers Rome. Pompée, les consuls et le Sénat abandonnèrent tous Rome pour la Grèce, face aux forces de César qui avançaient rapidement, et César entra dans la ville sans opposition.

Principaux enseignements

Points clefs

  • Bien que les causes et les caractéristiques des crises individuelles aient varié au cours des décennies, un thème sous-jacent de conflit entre
    l’aristocratie et les citoyens ordinaires sont à l’origine de la majorité des actions.
  • Les frères Gracques, Tibère et Gaius, ont introduit un certain nombre de réformes agraires et foncières populistes dans les années 130 et 120 avant Jésus-Christ, auxquelles le Sénat patricien s’est fortement opposé. Les deux frères ont été assassinés par la violence de la foule après des impasses politiques.
  • L’instabilité politique a continué, alors que le populiste Marius et l’optimiste Sulla se sont engagés dans une série de conflits qui ont culminé avec la prise du pouvoir par Sulla et sa marche vers l’Asie mineure contre les décrets du Sénat, et la prise du pouvoir par Marius lors d’un coup d’État à Rome.
  • La conjuration de Catilina a discrédité le parti populiste, réparant à son tour l’image du Sénat, qui en était venu à être considéré comme faible et indigne d’une attaque aussi violente.
    Aux termes du Premier Triumvirat, les accords de Pompée seront ratifiés et César sera élu consul en 59 avant J.-C. ; il sera ensuite gouverneur de la Gaule pendant cinq ans. Crassus se vit promettre le poste de consul plus tard.
  • Le triumvirat s’effondre à la suite de la violence politique croissante et de la mort de Crassus et de la fille de César.
  • Une résolution fut adoptée par le Sénat qui déclara que si César ne déposait pas les armes avant juillet 49 avant JC, il serait considéré comme un ennemi de la République. Entre-temps, Pompée s’est vu accorder des pouvoirs dictatoriaux sur la République.
  • Le 10 janvier 49 avant J.-C., César franchit le Rubicon et marche vers Rome. Pompée, les consuls et le Sénat abandonnèrent tous Rome pour la Grèce, et César entra dans la ville sans opposition.

Termes clefs

  • Les frères Gracques : Les frères Tibère et Gaius, des nobiles plébéiens romains qui ont tous deux servi de tribunes à la fin du IIème siècle avant Jésus-Christ. Ils ont tenté de faire passer une loi de réforme agraire qui redistribuerait les principales propriétés foncières patriciennes parmi les plébéiens.
  • plébéien : Un corps général de citoyens romains libres qui étaient
    une partie des couches inférieures de la société.
  • patricienne : Un groupe de familles de la classe dirigeante de la Rome antique.

Par Sam Zylberberg

Historien, professeur, passionné par les sciences humaines, la recherche, la pédagogie, les échanges culturels et les ailleurs.

Créateur de JeRetiens, JeComprends, et Historiquement point com.